Déguster sans conduire : organiser une journée dans le vignoble bordelais

Déguster sans conduire : organiser une journée dans le vignoble bordelais

La question arrive presque toujours la veille, au moment de fixer l’heure du départ : qui prend le volant ? Dans un groupe de quatre amis venus déguster autour de Bordeaux, l’un d’eux finit par se dévouer. Il passera la journée à recracher des vins qu’il aurait aimé boire, un œil sur sa montre et l’autre sur la route du retour, pendant que les autres comparent les millésimes.

Ce n’est pas qu’une affaire de confort. En France, le taux d’alcool autorisé au volant est de 0,5 gramme par litre de sang, et de 0,2 gramme pour les conducteurs en permis probatoire. Après trois domaines et plusieurs vins à chaque étape, même un dégustateur discipliné ne peut pas être certain d’être sous la limite au moment de reprendre la route. Mieux vaut donc régler la question du transport avant celle des appellations.

Trois manières de laisser la voiture au parking

La première est l’excursion en car au départ du centre de Bordeaux. Elle a pour elle la simplicité : un horaire, un programme, des domaines déjà réservés. En contrepartie, on suit le rythme du groupe, on visite les propriétés choisies par l’organisateur et l’on partage la table avec des inconnus.

La deuxième combine le train et le taxi. Libourne, à quelques kilomètres de Saint-Émilion, est desservie par le train depuis Bordeaux ; il reste ensuite à rejoindre les domaines, souvent éloignés de la gare. La formule tient pour une visite unique, beaucoup moins pour trois rendez-vous dans des propriétés dispersées.

La troisième est le chauffeur privé, qui vient chercher le groupe et le ramène le soir. On choisit alors soi-même les domaines, l’ordre des visites et le temps passé à table. C’est le principe d’une visite des vignobles bordelais avec chauffeur telle que la propose Atlantique Berlines, entreprise bordelaise créée en 2003 : prise en charge à l’hôtel ou à l’adresse choisie, en berline, en van ou en minibus selon la taille du groupe, sur une demi-journée de quatre heures, une journée de huit heures ou davantage, avec un itinéraire composé à la demande, en français ou en anglais.

Deux domaines le matin, un seul l’après-midi

L’erreur la plus fréquente consiste à vouloir tout voir. Une visite de chai suivie d’une dégustation prend facilement une heure, souvent davantage quand la conversation s’engage avec la personne qui reçoit. Ajoutez les trajets entre les propriétés et le déjeuner : sur une journée complète, trois rendez-vous constituent un bon maximum. Au-delà, les vins se confondent et l’on ne garde presque rien de la dernière étape.

Le rythme le plus agréable place deux visites le matin, un déjeuner sans précipitation, puis une visite plus courte l’après-midi. Sur une demi-journée, deux domaines suffisent. Gardez une marge d’une demi-heure entre chaque rendez-vous : beaucoup de propriétés ne reçoivent que sur réservation, et un groupe en retard décale toute la suite.

Rester sur un secteur plutôt que traverser la Gironde

Le vignoble bordelais est vaste, et ses appellations les plus connues se répartissent tout autour de la ville. Le Médoc s’étire au nord, le long de l’estuaire de la Gironde ; Saint-Émilion se trouve à l’est, sur la rive droite de la Dordogne ; Pessac-Léognan commence aux portes de Bordeaux, au sud ; le Sauternais, terre des vins liquoreux, est plus au sud encore, sur la rive gauche de la Garonne. Associer le Médoc et Sauternes dans la même journée, c’est passer l’après-midi en voiture.

Pour une matinée, Pessac-Léognan a l’avantage de la proximité : on peut y visiter deux propriétés et être de retour en ville pour le déjeuner. Pour une journée entière, mieux vaut choisir un seul secteur et laisser le chauffeur ou l’organisateur bâtir l’itinéraire avec les domaines qui reçoivent ce jour-là.

Ce qu’il faut régler la veille

Quelques détails se tranchent mieux la veille, à table, que le matin sur le trottoir devant l’hôtel :

  • l’adresse et l’heure exactes de prise en charge, ainsi que l’heure de retour souhaitée, surtout si un train ou un dîner suit ;
  • la langue des visites, à préciser en réservant si une partie du groupe ne parle pas français ;
  • le déjeuner, à réserver à l’avance, car les tables proches des domaines peuvent être complètes le week-end et pendant les vendanges ;
  • la place pour les bouteilles achetées en route, ou la possibilité de se les faire expédier, à demander au domaine ;
  • une veste, même en été : les chais sont frais, et l’on y reste parfois longtemps.

Le jour même, les gestes du dégustateur

Personne ne s’offusque de voir un visiteur recracher. Le crachoir fait partie de la dégustation, et les professionnels eux-mêmes recrachent quand ils goûtent une série de vins. Cela permet d’en apprécier davantage sans saturer et de garder un palais attentif jusqu’à la dernière étape.

Prenez un vrai petit-déjeuner, gardez une bouteille d’eau dans le véhicule et oubliez le parfum : une eau de toilette marquée gêne vos voisins autant que vous quand il s’agit de sentir un vin. Ne vous sentez pas non plus obligé d’acheter à chaque étape par politesse ; notez les vins qui vous ont plu, quitte à commander au dernier domaine ou une fois rentré.

Un dernier conseil pour bâtir l’itinéraire : placez le domaine qui vous tient le plus à cœur en deuxième position de la matinée. Le groupe est réveillé, le palais encore frais, et l’esprit n’est pas encore tourné vers le déjeuner.